Oh là là, Bravo ! Mag » Alimentation » La disparition du chocolat ?

La disparition du chocolat ?

La disparition du chocolat ?

©freepik

Une amie me sachant grand amateur de chocolat (comme pas mal d’entre nous, heureux addicts aux drogues douces légales) m’avais transmis il y a quelques temps, pour me titiller, un article de 2018 de L’international Business Times intitulé « Chocolate Shortage May Lead To Disappearance Within 40 Years, Scientists Say » (Une pénurie de chocolat pourrait entraîner sa disparition d’ici à 40 ans, selon les scientifiques). Je m’étais toujours dit que j’allais creuser la question mais j’avais rapidement éludé la question pour ne pas commencer à déprimer et préféré me délecter de quelques carrés pour avoir ma dose salvatrice de dopamine et d’endorphines.

Il est temps de déterrer ce dossier pour vraiment savoir si nous autres Français, inquiets et pas très optimistes de nature, grands consommateurs d’antidépresseurs devant l’éternel, avons du souci à nous faire et s’il nous faut commencer à faire des réserves de Suchard dans notre garage pour les disettes à venir…

Enquêtons…

Pour rappel, le cacaoyer (Theobroma cacao) est originaire d’Amérique Centrale, il était déjà cultivé par les Mayas et les Aztèques pour en faire une boisson fermentée médicinale. De nos jours, le cacao est majoritairement cultivé en Afrique (Occidentale : Côte d’Ivoire, Ghana, Nigeria et Centrale : Cameroun) avec près de 70% de la production mondiale. Le reste de la production mondiale provient d’Asie (Indonésie) et d’Amérique du Sud (Équateur, Brésil).

Une culture tropicale

Le cacaoyer est un petit arbre (de 4 et 8 mètres en culture, jusqu’à 15 mètres à l’état naturel) qui commence à produire des fleurs à partir de 3 ans et des fruits (cabosses) dès 5 ans suivant les espèces. Généralement, un cacaoyer produit des fruits deux fois par an, chaque arbre donnant entre 40 et 75 fruits par an suivant les variétés. Des hybridations étant effectuées pour obtenir différentes caractéristiques d’arbre.

Sa culture, comme celle du café ou du thé, nécessite des conditions (température, précipitations, altitude, sol) très spécifiques : un climat tropical (donc chaud, sans saison sèche entre 21° et 32°, et humide toute l’année) 25° étant une température idéale. En cas de saison sèche, l’irrigation devient nécessaire.

Le cacaoyer a également besoin d’ombre. Le cacao n’est pas cultivé en plein champs mais en forêt. Historiquement les cacaoyers sont cultivés dans les premiers étages (inférieurs) de la forêt amazonienne, sous l’ombre de grands arbres (canopée), où l’humidité atmosphérique est élevée et constante. Mais dans les autres régions du monde où le cacaoyer a été introduit, il est souvent planté en alternance avec d’autres arbres plus grands (cocotiers, palmiers, bananiers, avocatiers) pour lui apporter un maximum d’ombre.

La culture du cacao nécessite également une bonne préparation des sols avant son implantation (sols profonds, bien drainés et au pH neutre légèrement acide), sous peine d’affecter sa croissance, et une bonne gestion de l’apport régulier en nutriments, en complément de la décomposition des feuilles tombées qui ne suffisent pas dans le cadre d’une agriculture intensive. Les cultivateurs doivent donc toute l’année ajouter des nutriments et des fertilisants (azote, potassium, phosphate ou urée…).

Propension aux attaques de nuisibles et maladies

Les ravageurs (coléoptères, punaises, teignes, pucerons, cochenilles, chenille, thrips, vers…) et les maladies (fongiques, virus…)  sont très nombreux et représentent un facteur important qui affecte la productivité et la qualité de la récolte, ce qui nécessite l’utilisation de nombreux produits phytosanitaire pour limiter l’infestation. Les fruits du cacaoyer sont également attaqués par les rats ou les écureuils, ce qui nécessite l’usage de rodenticides anticoagulants (Bromadiolone).

Les nouvelles problématiques climatiques

Aujourd’hui, l’industrie du cacao est confrontée à de multiples problèmes. Les mauvaises conditions de fertilité des sols, le vieillissement des arbres, l’utilisation incontrôlée de produits chimiques et la déforestation menacent la durabilité de la production de cacao.

En raison du changement climatique, le rendement et la qualité du cacao sont affectés par des températures plus élevées et des sécheresses plus fréquentes. D’ici à 2050, la température moyenne dans le monde devrait avoir augmenté de manière si importante que de nombreuses zones de production de cacao seront trop chaudes pour y faire pousser des cultures de cacao. Sans parler des insectes ravageurs qui prolifèrent et qui deviennent de plus en plus difficiles à gérer.

Pour atténuer l’impact de ces changements inévitables, il convient que les agriculteurs changent leurs pratiques agricoles s’ils veulent pouvoir continuer à vivre de cette activité, notamment par la plantation d’arbres d’ombrage pour abaisser la température de l’air autour des cacaoyers et lutter contre l’érosion du sol due aux fortes pluies et une meilleur gestion de l’eau et de l’irrigation en prévision des sécheresses.

La préservation d’un écosystème autour des cacaoyers est également essentielle, les insectes sont essentiels pour la pollinisation et les fourmis et les oiseaux luttent contre les ravageurs. Le maintien de la forêt dans et autour des zones de production permet, en plus de faire de l’ombre, un apport naturel en matière organique pour plus de fertilité et donc plus de productivité. Une meilleure productivité étant un remède contre l’expansion par la déforestation et une source de revenus supplémentaire pour financer de nouvelles solutions pour s’adapter aux contraintes climatiques.

Les consommateurs prenant de plus en plus conscience de cette situation, ainsi que des conditions de travail des agriculteurs et de leurs faibles revenus, se tournent de plus en plus vers des produits cultivés de manière responsable.

Les grands industriels du secteur, comme Mars ou Ferrero, longtemps pointés du doigt pour ne pas assez se soucier des conditions de travail des producteurs de cacao (bas salaire, travail des enfants…) et de la déforestation ont promis de ne plus acheter que du cacao certifié durable à l’aube 2020 (annonce repoussée à 2025 entre temps…) ; peut-être une manière de se décharger sur les organismes certificateurs, de la responsabilité des nombreux abus dans ce secteur, mais au moins les choses avancent.

Du chocolat certifié…

Des programmes de certification ont vu le jour dès 1992 comme la fondation FAIRTRADE, une organisation née au Royaume-Uni qui labellise des produits issus de cultures durables et du commerce équitable et qui aide les petits producteurs à se fédérer en coopératives. Un programme de certification de durabilité UTZ a également été lancé aux Pays-Bas dès 2002 pour les cultures du cacao, du café et du thé. Le programme UTZ certifie à présent plus de 700 000 exploitants dans 21 pays. En janvier 2018, UTZ a fusionné avec Rainforest Alliance, (une ONG née dans les années 80 pour préserver la biodiversité et la durabilité des forêts mondiales), pour mettre en place une nouvelle norme commune de certification en juin 2020.  Son but : favoriser l’agriculture durable et les impacts sociaux (inégalité entre les sexes, travail des enfants, discrimination…), environnementaux (réduction globale et interdictions ciblées de l’utilisation de produits chimiques toxiques, limiter la déforestation) et économiques (salaire minimum garantie, primes), devait permettre aux agriculteurs d’améliorer leurs revenus tout en protégeant la nature. 

…au parfum de scandale

Devait… car ces dernières années, plusieurs enquêtes de journalistes sont venues entacher ce tableau idyllique. Il est reproché à ces organismes (FAIRTRADE, UTZ, Rainforest Alliance…) un certain laxisme et de certifier des cultivateurs de cacao qui contribuent à la déforestation et au travail des enfants, alors que le consommateur en Occident paie une majoration sur son produit pour justement changer le système traditionnel ; ce surcoût n’entraînant pas nécessairement non plus une amélioration de la vie de ces cultivateurs (l’autre argument marketing) et de l’environnement, voire même le contraire selon ces mêmes journalistes.

Peut-être en réponse à ces problématiques et critiques, et en guise de mea culpa, la nouvelle organisation promet d’améliorer son programme de certification, de suspendre pour une année les certifications dans les pays où ont été découvert des fraudes (Côte d’ivoire, Ghana) et de faire un grand ménage dans ses rangs (rappel à l’ordre des cabinets d’audits sous-traitants, annulation de certifications…).

De ce « bad buzz », on peut juste espérer que ces organisations, maintenant sous la surveillance des lanceurs d’alerte et des journalistes, accomplissent véritablement le travail pour lequel, nous, consommateurs, les payons ; un prochain scandale risquant d’altérer définitivement la confiance que porte les consommateurs à ces organisations.

Oui, mais pour ma tablette alors ?

Je sais… ce qui vous intéresse au final, c’est de savoir si vous allez pouvoir vous goinfrer jusqu’à vos vieux jours.

On sait que notre addiction pour le chocolat (merci aux industriels !) a été un facteur majeur de déforestation légale et illégale (en Afrique notamment, d’où le cacao provient majoritairement). A moyen terme, il me parait plus envisageable de trouver un substitut au chocolat que d’entamer une thérapie de groupe (dans beaucoup de pays d’Asie, par exemple, la pâte de haricot rouge sucrée est historiquement plus présente que le chocolat, à s’y méprendre).

A court terme, sans parler de l’aspect social qui peut toujours être combattu, nous avons également vu que la culture du cacao n’est envisageable que dans des régions très humides. Avec les changements induits par un réchauffement climatique et la diminution des précipitations dans ces régions tropicales ajouté à des bouleversements dans les écosystèmes, on peut supposer que, la productivité diminuant, la demande devienne plus forte que l’offre, le cacao deviendra alors un produit de luxe.

Peut-être… mais, pour rester sur une note d’espoir (le contraire induisant une surconsommation généralisée contre-productive !), on peut aussi penser que des améliorations dans les méthodes de culture, des hybridations de cacaoyers plus résistants aux changements climatiques ou plus radicalement, des substituts au cacao, sont toujours possibles. Quand des milliards sont en jeu, les industriels trouvent toujours des solutions pour pérenniser leur business. Et dans le cas du chocolat, on a affaire à des poids lourds… un mars et ça repart !

sources:
UTZ : https://utz.org
Rainforest Alliance : https://www.rainforest-alliance.org
Fairtrade : https://www.fairtrade.net
Washington Post: « Chocolate companies sell ‘certified cocoa.’ But some of those farms use child labor, harm forests« .

Actualité
Les derniers articles par Frédéric Quintin (tout voir)

Partager cet article sur…

Oh là là, Bravo ! MAG

L'e-Magazine

Découvrez le savoir-faire français en action: des entrepreneurs et des associations de la production en bio (élevage, agriculture, fabrication...), de l'éco-tourisme et des loisirs, de la formation et l'éducation (métiers de la filière bio, écologie...), la défense de l'environnement... en articles et en portraits.

Oh là là, Bravo ! ANNUAIRE

L'Annuaire

Le répertoire des associations et des professionnels des filières du bio en France, de l’écologie, de l’éco-consommation, des énergies renouvelables, de la formation et de l’éducation, de la préservation de la nature…

⇒ voir l'annuaire
Oh là là, Bravo ! MAG

L'e-Magazine

Découvrez le savoir-faire français en action: des entrepreneurs et des associations de la production en bio (élevage, agriculture, fabrication...), de l'éco-tourisme et des loisirs, de la formation et l'éducation (métiers de la filière bio, écologie...), la défense de l'environnement... en articles et en portraits.

Oh là là, Bravo ! ANNUAIRE

↓ à découvrir ↓

Joining Parallels - Le tourisme après le Covid19Joining Parallels - Le tourisme après le Covid19Joining Parallels - Le tourisme après le Covid19
PUBLICITÉ