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Halte à la fast fashion

chanvre industriel français

©freepik

On sait que l’industrie de la mode est l’une des moins vertueuses au monde en raison de l’emploi massif de matières premières transformées du pétrole (pour réaliser les fibres synthétiques que l’on connaît : polyester, acrylique, nylon…), des traitements chimiques qu’elle nécessite pour fabriquer ses fibres synthétiques ou même d’origine naturelle (coton) et de ses besoins énormes en eau à toutes les étapes de la production, depuis la culture des plantes (souvent OGM), à la fabrication des fibres jusqu’à leur transformation en textile final… sans même parler de son empreinte carbone (c’est fait !).

Loin d’être une fatalité, un certain nombre de sociétés innovantes essaient de changer la donne et nous voyons apparaître depuis quelques années de nouveaux textiles qui font grandir l’offre en vêtements écologiques : coton bio, lin, lyocell, modal, bambou, chanvre… un petit point sur ces matières plus ou moins vertueuses s’impose.

Les fibres textiles végétales

Le coton bio

Nous savons que l’industrie du coton est grande consommatrice en eau, en pesticides et en insecticides, qu’elle contribue à l’épuisement de nos ressources et à leur pollution et qu’elle génère d’énormes quantités de gaz à effets de serre. De plus, la majorité des cultures de coton mondiales sont établies à partir de semences génétiquement modifiées. Pour toutes ses raisons, le coton est donc, avec les matières synthétiques tirées du pétrole, le textile à bannir de nos vies.

En réaction, des industriels ont développé depuis quelques années une filière bio censée être plus vertueuse. Les arguments mis en avant par la filière étant des besoins moindres en eau et en produits chimiques, l’usage de graines de coton non OGM et la préoccupation des conditions de travail des cultivateurs.

En 2020, la culture de coton biologique représente moins de 1% de la production mondiale de coton.  Il est majoritairement cultivé en Inde et en Chine et sa confection est effectuée principalement en Turquie (43%) et en Inde (28%) donc on émettra quand même quelques doutes sur le volet respect des conditions de travail des travailleurs. Privilégiez plutôt les cotons bio labellisés (Fairtrade/Max Havelaar, GOTS, OEKO-TEX®) pour identifier les produits les plus respectueux de votre santé et de ceux qui les fabriquent.

A choisir, on soutiendra plutôt le coton bio que le coton non bio, mais l’impact carbone restant toujours présent et l’usage d’eau réduit mais toujours significatif, se tourner vers le coton bio est donc plus un acte militant de soutien à la filière (commerce équitable) qu’un acte purement écologique.

De plus, le coton biologique ayant un coût de production supérieur, il est d’usage de le mélanger à du coton traditionnel pour ne pas que le prix du produit fini s’envole. Il faut donc s’assurer du pourcentage de coton bio dans le textile final et privilégier les mélanges alternatifs (coton recyclé, lin, chanvre…)  afin d’évacuer tout produit purement marketing.

Les avantages du coton bio : il est plus souple, doux, plus épais,  résistant et anallergique (exempt de produits chimiques allergisants).

Le lin

Le lin est une plante herbacée à croissance rapide à fleurs bleues originaire du Moyen-Orient mais qui s’est adapté à de nombreuses régions tempérées. C’est avec le chanvre, l’une des rares fibres textiles végétales cultivée en Europe et dont la France est le premier producteur (n°1 mondial pour le lin), elle est principalement exportée vers les États-Unis, l’Italie et le Japon. Le lin est une des cultures qui utilise le moins de produits phytosanitaires.

Le lin non tissé est un matériau peu onéreux, léger et recyclable dont la structure est assez semblable à celle du coton. Il peut être filé à sec comme le coton, ou filé au mouillé ce qui rend le fil plus fin. Comme le coton, le lin peut être blanchi, teint ou imprimé. Ses particularités : il donne un tissu souple, confortable et très agréable par temps chaud.

Le chanvre

Le chanvre « industriel » (Cannabis sativa sp. sativa) est une plante herbacée originaire d’Asie centrale dont les fibres servent à confectionner des tissus résistants et du papier, il est également employé comme isolant dans des habitats écologiques. Sa culture peu exigeante et peu parasitée (sans produit phytopharmaceutique, sans irrigation, sans OGM et à forte biomasse) est bénéfique car le chanvre stocke le CO2 et contribue à dépolluer les sols en absorbant les nitrates.

Aujourd’hui, la nécessité de produire sain, sûr, durable et accessible à tous, remet la culture de cette plante au goût du jour. La France est le plus gros producteur de chanvre en Europe avec plus de la moitié des surfaces.

Particularité des vêtements en fibre de chanvre : la fibre est résistante et antibactérienne, mais n’a pas la réputation d’être très douce et bon marché donc elle est souvent associée à d’autres fibres textiles. Il faudra donc vérifier la nature du mélange avec les autres fibres en présence.

Le soja

La fibre de soja est une fibre artificielle issue de la graine après extrusion. Le principal défaut du soja étant que la moitié de la production mondiale provient des États-Unis et l’autre moitié d’Amérique du Sud et d’Asie et que l’on connaît la position de ces pays concernant les cultures transgéniques.
Les propriétés de la fibre de soja: antibactérienne et thermorégulatrice.

Le bambou

On associe souvent les vêtements conçus à partir de bambou à des textiles écologiques. Si la vraie fibre naturelle de bambou est en effet « naturelle », elle est par contre trop rêche et cassante pour être utilisée en prêt-à-porter. Les industriels lui préfère la viscose de bambou qui est en fait est une fibre artificielle régénérée par un processus de transformation chimique qui nécessite beaucoup d’eau, génère des pollutions chimiques et des risques sanitaires pour les ouvriers asiatiques qui les confectionnent. On est donc bien loin du cycle vertueux que l’on peut atteindre d’un produit présenté comme écologique. Seul le Lyocell de bambou pour se targuer d’être plus vertueux car il est produit suivant un circuit court avec des solvants non toxiques et recyclables.
Les propriétés de la fibre de bambou (viscose) : douce, sa biodégradabilité, bactériostatique, anti-odeur, hydrophile. La fibre est 3 à 5 fois plus absorbante que le coton et le lyocell.

L’ortie (ramie)

L’Ortie de Chine ou Ramie est une plante textile de la famille des urticacées, originaire d’Extrême-Orient, elle est principalement cultivée en Chine et au Brésil.

La fabrication de fibre de ramie étant complexe, elle est assez coûteuse, il n’est donc pas évident de trouver des vêtements en ramie pure, il faudra donc prêter attention au mélange de textiles du produit fini pour éviter les compléments à base de polyester ou de coton non bio par exemple. Sa culture est moins gourmande en eau et en pesticides que la culture du coton ou du lin.

Extrêmement résistante et antibactérienne, la fibre ramie est réputée pour être un textile qui reste froid au toucher, un avantage sous les climats chauds.

Le lotus

Le Lotus est une plante aquatique d’Asie dont la fibre textile est créée à partir des tiges de la fleur. Elle est principalement cultivée dans les pays d’Asie du Sud-Est (Thaïlande, Birmanie, Cambodge, Vietnam…). La fibre de lotus étant cultivée en quantité limitée, elle reste limitée au secteur du luxe.

Les qualités de la fibre de lotus sont : une douceur au toucher, une grande imperméabilité, un tissu anti-transpirant pratiquement infroissable.

La fibre de lait

La fibre de caséine de lait est conçue à partir de lait impropre à la consommation. Suivant les provenances, sa production est plus ou moins impactante pour l’environnement et reste très onéreuse à produire, ce qui la cloisonne à un marché de niche. Les vêtements en fibre de lait sont annoncés comme compostables en fin de vie car biodégradables, on supposera uniquement dans le cas d’un tissu à 100% en fibre de lait.

Ses qualités sont : douceur au toucher, légèreté, non allergène, antibactérienne, anti-UV, résistance à la chaleur… Le tissu réchauffe l’hiver et garde au frais l’été.

Lyocell/Tencel®

Le Lyocell est une fibre artificielle d’origine végétale obtenue à partir de cellulose de bois de d’eucalyptus d’Afrique du Sud ou de hêtre d’Europe provenant de forêts gérées durablement. Contrairement aux systèmes d’irrigation intensif dont a besoin le coton pour pousser, la production de Lyocell nécessite très peu d’eau (l’eucalyptus étant une plante peu gourmande en eau et en pesticide et les forêts européennes étant irriguées naturellement par l’eau de pluie).
Lyocell est le nom générique de la fibre, Tencel® est une marque spécialisée d’un type de fibre Lyocell.

Modal®

Le Modal® est également conçu à partir de pulpe de bois de hêtre mais par un processus de fabrication légèrement différent. Il partage de nombreuses propriétés avec le Lyocell : douceur, confort, respirabilité, absorption d’humidité, la différence étant une sensation de texture plus délicate au toucher et un tissu plus fin et léger que ceux en Lyocell.

Hempcel®

La dénomination est une marque spécialisée de fibre utilisant le procédé Lyocell (cellulose de bois) avec un mélange de chanvre (environ 55%). Elle est utilisée pour confectionner des chemises, des robes ou des pantalons mais aussi des tissus de décoration d’intérieur.

SeaCell®

La fibre SeaCell® est quant à elle une fibre de cellulose de type Lyocell (voir plus haut), donc une production éco-friendly en circuit court sans rejet de produits chimiques, à laquelle est ajoutée de la poudre d’algues marines brunes (4%). La valeur ajoutée par rapport à une fibre Lyocell standard étant que ce textile dispense les bienfaits des algues qui le composent : propriétés anti-inflammatoires, cicatrisantes, anti-irritation…

L’approche durable de valorisation des déchets industriels

Lenpur®

Le Lenpur®, souvent appelé « cashmere végétal », fait partie de la famille des fibres artificielles constituées à partir de cellulose d’origine végétale (pin blanc) conçue à partir des déchets de l’industrie forestière (branches). Les cultures de pin blanc du Canada se font principalement en Chine et au Canada. Ses caractéristiques sont sa douceur, sa capacité d’absorption et à libérer l’humidité, des qualités thermo-régulantes et déodorantes.

Cupro

Le Cupro est une fibre artificielle obtenue à partir de résidus de coton (duvet des graines de coton) non utilisés par la filière classique.
Les déchets produits lors des processus de création de Cupro sont intégralement recyclés à un taux proche de 100%. Le Cupro est par ailleurs entièrement biodégradable.
Les caractéristiques de la fibre Cupro : une capacité à absorber et rejeter rapidement l’humidité, un toucher lisse et agréable, non électrostatique. Le Cupro est d’entretien très facile, peut se laver et se repasser sans difficulté.

Crabyon®

Nous avons affaire ici à un autre type de fibre artificielle, en partie d’origine animale : la chitine (un matériau résistant et souple que l’on trouve en abondance dans la carapace de crabe). La chitine a des vertus antibactériennes et élimine les odeurs issues de la transpiration. On pourra se satisfaire de la valorisation des déchets de l’industrie agro-alimentaire mais certains rétorqueront que ce n’est pas très vegan. De plus, la poudre de chitine n’étant qu’un constituant de la fibre textile finale, elle peut varier dans des concentrations allant de 1 à 99%, ce qui implique un complément à base de viscose cellulosique (bois) pour atteindre les 100% pour devenir notre fibre finale Crabyon®. Notre fibre Crabyon® est alors utilisée conjointement avec un autre type de fibre (coton, laine…) pour constituer notre textile final. Il faudrait donc connaître le taux de concentration de chitine dans notre Crabyon®  ainsi que le pourcentage de Crabyon® et le pourcentage et la nature des autres fibres complémentaires (coton, laine…) qui compose notre vêtement pour être certain qu’on a pas affaire un simple produit marketing.

Sasawashi

Le Sasawashi est un textile innovant issu du tissage de Washi (papier traditionnel japonais fabriqué à base de fibres du mûrier) et de Kumazasa (une plante rustique aux propriétés antibactériennes). Ce textile semblable au lin a des propriétés antibactériennes, anti-odeur, anti-allergène, absorbantes et anti-UV. Nous n’avons pas trouvé d’informations concernant la virtuosité du processus de fabrication mais ce textile est 100% naturel.

Sefía, Mylithe, eco²sy®, Airnest™

La fibre Sefía ™ une fibre artificielle d’origine naturelle issue de cellulose de bois de type Lyocell combinée à du fil fabriqué à partir des résidus de grains de café (S.Café®) collectés auprès des fournisseurs du secteur (comme Starbucks).
La fibre Mylithe, du même fabricant (Singtex), est une évolution de la fibre de café (S.Café®) qui imite la douceur au toucher du coton. Cette fibre à également des propriétés anti-odeur, anti-UV et à un séchage rapide.
Eco²sy® est quant à elle une fibre fabriquée à partir du recyclage de bouteilles en plastiques et de fibre de café (S.Café®). Elle a des propriétés isolantes à l’eau et au vent tout en étant respirante.
Et pour finir, Singtex a également développé une mousse alternative aux produits issus de l’industrie pétrochimique, Airnest™ qui est conçue à partir d’huile de café.

En conclusion, les productions de coton bio, de soja et de cellulose de bois se faisant à l’autre bout de la planète, dans une démarche de réduction de l’impact carbone et de soutien à la filière française, il conviendra de plutôt se tourner vers des textiles à base de fibre de lin ou de chanvre, la France étant leader en Europe sur ces 2 cultures.

Plus généralement, bien lire les étiquettes, pour se diriger plutôt vers des produits biodégradables à base de fibres Lyocell, éviter le coton non bio et les produits à base de viscose (même de bambou) et rechercher les labels écologiques de type Oeko-Tex, GOTS…

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